La vente de marchandises le long du tronçon routier Brazzaville- Pointe-Noire est une activité particulièrement rentable pour les populations vivant le long des différentes gares routières, voire ferroviaires. Ces derniers proposent des produits alimentaires, souvent rares à Brazzaville, où ils sont parfois vendus à des prix élevés. Une activité qui fait le bonheur aussi bien des vendeurs que des voyageurs, car, tous en sortent satisfaits.
<< Lorsque je voyage sur cet axe, je me prépare en conséquence. J’ai un énorme sac dans lequel je fais mes provisions. À chaque arrêt, j’achète une marchandise typique de la région.
À Mindouli, j’ai acheté des fruits sauvages, et à Nkayi, je ferai le plein de haricots et d’arachides >>, explique Philo, qui déploie son sac à réserves pour y ranger ses achats.
Acheter en gros (sacs de foufou, tas d’ignames, noix de palme) ou en détail (manioc, bananes, huile de palme) est devenu une habitude pour les passagers des compagnies telles qu’Océan du Nord, Stellimac, et bien d’autres. Ce long voyage entre Brazzaville et Pointe-Noire est ainsi l’occasion, non seulement de découvrir et d’admirer le beau paysage, mais aussi et surtout celle de faire ses courses dans des différentes villes que l’on doit traverser.

<< Parfois, c’est difficile de canaliser les voyageurs. Ils pensent qu’en payant entre 8 000 et 12 000 FCFA, ils peuvent tout acheter sur la route, quitte à rendre le trajet désagréable pour les autres qui s’impatientent >>, se plaint un transporteur, visiblement agacé par le comportement d’un passager qui a fait attendre tout l’équipage pour finir ses emplettes. <<On leur interdit d’acheter par la fenêtre, mais ils n’en font qu’à leur tête >>, ajoute-t-il, pressé d’arriver à destination.
Pour les marchands, cette vente rapide et ponctuelle au bord de la route constitue un véritable complément de revenus. << Quand la chance te sourit, tu réalises de bons revenus. Cela te permet, à ton tour, de faire ton marché, et même d’épargner >>, explique une jeune femme, un bébé au dos, brandissant une cuvette remplie de manioc et criant à tue-tête << Kouanga ! Kouanga ! Kouanga ! >>
La concurrence est tellement rude que les disputes entre vendeurs sont fréquentes. << Il faut savoir anticiper, chacun a sa chance. Le bus ne s’arrête pas une heure, c’est cinq à dix minutes, pas plus. Il faut être rapide et inventif. Parfois, on met un peu la pression sur les clients, mais, il arrive aussi qu’on se fasse avoir. Si tu donnes la marchandise avant d’être payé et que le bus démarre, c’est toi le grand perdant>>>, raconte un vendeur désormais méfiant, qui refuse ce type de transaction risquée.
Si le voyage est parfois long et éprouvant, les passagers trouvent du réconfort dans l’idée d’arriver à destination avec des colis à offrir aux proches. << Ce n’est pas comme dans l’avion où les bagages sont limités. Ici, peu importe le poids, tu ne payes pas d’excédents>>, fait remarquer un passager, ravi de pouvoir transporter librement de la marchandise qu’il prévoit de revendre à son arrivée.
Véritable lieu d’échanges entre voyageurs et commerçants, cette économie du bord de la route sur l’axe Brazzaville- Pointe-Noire est bien plus qu’un simple commerce : c’est une dynamique sociale vivante, qui témoigne de la chaleur et de la richesse des échanges interrégionaux au Congo.
Annette Kouamba Matondo




