Dans l’immeuble Moka, à Pointe-Noire, un restaurant résiste aux vents contraires. Sa fondatrice, Christine Mabeta Mberi, a fait de son rêve une arme contre le découragement.
Le jour se lève doucement sur Pointe-Noire. Dans l’immeuble Moka, au deuxième étage, une odeur de friture emplit déjà la pièce. Derrière le comptoir, Christine Mabeta Mberi, la quarantaine, passe une main sur une table, vérifiant que rien n’a été laissé au hasard. Ce geste simple, répété chaque matin, lui rappelle une vérité : son restaurant est le fruit de sa résilience.
<<Pendant longtemps, j’ai pensé ouvrir un restaurant, car j’aime faire et inventer des mets. Cette idée a germé à la fin de la crise sanitaire, en 2020 >>, confie Christine. Cette année-là, son quotidien bascule. Son mari et sa fille partent en France pour des raisons médicales, la laissant seule à Pointe-Noire, avec son fils. Les journées s’étirent dans un silence pesant, jusqu’au moment où elle prend une décision : donner vie à ce rêve qu’elle portait en elle depuis si longtemps. Ainsi naît <<À Nous Deux>>. Un projet nourri à la fois par la peur et par l’espoir.
Mais rapidement, le rêve prend les allures d’un combat. Les taxes s’accumulent. Le personnel exige sans toujours donner. Les clients marchandent, comme si manger au restaurant n’avait plus de valeur. << Il faut avoir les nerfs solides, sinon tu craques >>, lâche Christine. Elle n’est pas seulement gérante. Elle est tour à tour comptable, formatrice, conseillère, parfois même policière pour rappeler que la discipline est la clé dans ce monde où tout peut basculer d’un jour à l’autre.
Il y a les soirs de doute, les matins d’espoir. << Certains soirs, la salle est restée vide… et le silence pesait plus lourd que les factures >>, raconte Christine, avouant avoir parfois songé à tout arrêter. Mais chaque fois, une voix intérieure lui rappelle pourquoi elle a commencé : alors, tenir bon, malgré la tempête, tel est son leitmotiv.
A ce lot de problèmes, s’ajoute la concurrence. À l’immeuble Moka, snack-bars et restaurants se multiplient. Les familles, autrefois fidèles, se font plus rares, frappées par la hausse des prix. Pourtant, Christine ne baisse pas les bras. Elle adapte sa carte, soigne l’accueil, affine son service. Elle veut que chaque visite à <<À Nous Deux>> soit une expérience qui donne envie de revenir.
Quatre ans déjà qu’elle avance, souvent sans salaire réel, mais jamais sans espoir. Car pour Christine, ce restaurant n’est pas seulement un commerce. C’est un symbole. << » À Nous Deux », ce n’est pas qu’un nom. C’est un défi lancé à la vie. Une façon de dire non au désespoir. Malgré mes difficultés, je tiendrai bon >>, affirme-t-elle, le regard habité par la force de celles qui ont choisi de transformer l’épreuve en combat.
Annette Kouamba Matondo





