CÉLÉBRATION D’UNE FIGURE MAJEURE DE LA PENSÉE AFRICAINE / Dominique Ngoïe-Ngalla : de l’hommage scientifique à l’immortalisation de son œuvre

Madingou, chef-lieu du département de la Bouenza, a vibré, du 29 au 31 octobre 2026, au rythme d’un hommage scientifique et mémoriel exceptionnel au Professeur Dominique Ngoïe-Ngalla. Réunis autour du thème << Dominique Ngoïe-Ngalla : trajectoire historique, littéraire et philosophique d’un érudit des temps modernes >>, universitaires, chercheurs, écrivains et personnalités politiques ont revisité l’œuvre monumentale de cet intellectuel congolais. Trois jours d’échanges, de témoignages et de réflexions qui se sont achevés sur des recommandations ambitieuses pour inscrire durablement son héritage dans le patrimoine scientifique et culturel national.

Placées sous le parrainage du ministre d’Etat Pierre Mabiala, ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, ces assises ont réuni plusieurs figures du monde scientifique, culturel et institutionnel, venues du Congo et d’ailleurs. Huit panels, une conférence inaugurale, une table ronde et une palabre vespérale ont rythmé les travaux.
Un héritage intellectuel aux multiples dimensions
La conférence inaugurale, par le Pr Omer Massoumou, consacrée au <<Kimuntu>> dans la pensée de Dominique Ngoïe-Ngalla, a ouvert les réflexions sur la profondeur philosophique et anthropologique de son œuvre.
Les communications ont ensuite exploré plusieurs champs disciplinaires : histoire, littérature, philosophie, anthropologie, théologie, gouvernance et développement. Les intervenants ont notamment souligné la pertinence de ses analyses sur les responsabilités des élites africaines, la corruption, le clientélisme et les obstacles au développement.
L’inculturation du christianisme a également retenu l’attention des chercheurs. Les débats ont mis en évidence son exigence d’un dialogue authentique entre les cultures africaines et la foi chrétienne, fondées sur la connaissance des traditions et le respect des identités. Au-delà de ces thématiques, les échanges ont révélé une pensée profondément attachée à la liberté intellectuelle, à la responsabilité citoyenne et à l’émancipation africaine.
Des recommandations pour pérenniser sa mémoire
A l’issue des travaux, les participants ont recommandé à la famille la conservation des archives, manuscrits et correspondances du Professeur. Ils ont également proposé au gouvernement, l’institution d’un <<Prix national Dominique Ngoïe-Ngalla>>, destiné à promouvoir l’excellence dans les arts, les lettres et la recherche scientifique.
L’Université Marien Ngouabi a été invitée à donner son nom à un élément de son patrimoine et à envisager la création d’une chaire ou d’un centre de recherche consacré aux humanités et à la pensée critique.
La publication des actes du colloque figure également parmi les perspectives de valorisation de cet héritage.
.Pierre Mabiala : <<Transformer le savoir en conscience >>
.Clôturant les assises, le ministre d’Etat Pierre Mabiala a souligné la portée philosophique et scientifique de cette rencontre. << L’Afrique ne peut durablement se construire dans la seule consommation des paradigmes établis par les autres >>, a-t-il déclaré, invitant les intellectuels africains à participer activement à la production universelle des connaissances.
Pour sa part, Hubert Mfoutou a insisté sur la responsabilité collective de transmettre cet héritage aux générations futures.
L’émotion a culminé avec le témoignage de Célestin Ngalla, neveu du professeur, s’exprimant au nom de la famille. Évoquant un homme humble, profondément attaché à ses origines et à ses valeurs, il a déclaré : << Il nous a légué le plus précieux des trésors >>, citant l’amour du travail, le respect de la parole donnée et l’indépendance d’esprit.
À l’ouverture, le préfet de la Bouenza, Marcel Nganongo, a salué le choix de Madingou, terre d’attachement du professeur, pour accueillir cette rencontre. Le président du comité d’organisation, le professeur Hubert Mfoutou, a présenté le colloque comme une double exigence, mémorielle et intellectuelle, destinée à faire vivre une pensée qui continue d’interroger les sociétés contemporaines.
Pour Belinda Ayessa, directrice générale du Mémorial Pierre-Savorgnan de Brazza, Dominique Ngoïe-Ngalla incarnait une conception humaniste de l’enseignement. Au-delà de la transmission des connaissances, il s’attachait à éveiller les consciences, à former les esprits et à promouvoir la dignité humaine.
Ainsi s’est refermé, à Madingou, un chapitre mémorable de la reconnaissance nationale et internationale envers Dominique Ngoïe-Ngalla. Mais l’essentiel reste à accomplir : transformer les recommandations en réalisations concrètes. Car, si l’homme appartient désormais à l’histoire, sa pensée, elle, demeure une lumière que les générations présentes et futures ont la responsabilité d’entretenir.

Joyce KIDILOU-KIA-MOUZITA

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