Le phénomène prend tellement de l’ampleur dans de grandes agglomérations du pays. Ces lieux de recueillement où tout est servi, partant de la boisson aux grillades et où les hommes peu avertis font les frais. Un comportement qui mérite bien d’être exposé et mis sur la place publique en vue d’en susciter un débat constructif et espérer une prise de conscience collective.
Et si jadis la mort d’un être cher : parent, ami, connaissance, qui venait de nous quitter apportait douleur et tristesse ; ce n’est plus le cas
aujourd’hui, où l’on observe presque plus rien de tel, au mépris même des valeurs, ancestrales soient-elles, lorsque l’on sait que l’on est des bantous chez lesquels la mort revêt un caractère mythique auréolé de rituels qu’il faille respecter scrupuleusement, au nom de nos us et coutumes. Une série de valeurs traditionnelles que l’on rencontre encore aujourd’hui, dans les communautés du royaume Téké, lors de l’inhumation de certains dignitaires.
Hier, à un certain âge, et si l’on n’est pas initié, on ne pouvait s’approcher d’une dépouille mortelle, une victime d’un accident, etc ; par crainte de la rêver, la nuit, ou de mourir dans les instants qui suivent. Même s’approcher d’un corbillard <<était du ressort des initiés>>.
Hier, un veuf ou une veuve se retirait de la vie publique pour un deuil de deux ou trois ans, voire plus, dans une tenue appropriée, apprêtée pour la circonstance ; en mémoire de l’illustre disparu.
Aujourd’hui, plus rien, les lieux de veillées mortuaires sont devenus des lieux vulgaires, anonymes et même baptisés <<lieux d’Activités >>. Les palmes qui symbolisaient le deuil sont remplacées par des bâches, à caractère publicitaire .
Le veuf ou la veuve se voit remplir leur gourde d’eau par la boisson alcoolisée, <<pour leur fortifier le moral>>, dit-on.
À la morgue, on assiste plutôt à une exhibition vestimentaire ; un défilé de mode où
la boisson coule à flots et les conversations portent sur des faits qui n’ont aucun lien avec le décès de celui ou celle pour lequel on est là.
On loue des corbillards <<VIP>>, alors que dans ses souffrances le défunt manquait de quoi s’acheter les médicaments.
Le jour de l’inhumation, on ouvre autour de la concession abritant la veillée, des restaurants de fortune sans scrupule, où boissons et barbecues se mêlent à la musique mondaine.
Et tout le monde, à quelques exceptions près, s’y prête à cœur joie.
Un comportement peu orthodoxe, déviant, dans une ambiance qui, pour la plupart du temps, se solde par des disputes, des querelles, des bagarres insensées, suivies des divorces au sein des foyers.
De la tradition à la modernité, il y a des valeurs à ne pas bannir , au risque de perdre son identité de bantou.
Edgard MAZILA.
