Le Président de la République, Denis SASSOU-N’GUESSO, a procédé, vendredi 27 février dernier, à Brazzaville, au lancement officiel des travaux de réhabilitation et de modernisation du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO). Une cérémonie solennelle qui marque le début d’un chantier structurant, destiné à redonner à cette infrastructure historique, son rôle d’épine dorsale de l’économie nationale. L’entreprise adjudicateur des travaux est la société chinoise Hunan Construction Investissement Group (HCIG), pour une durée estimée à 4 ans.
Dans son allocution, Jean-Jacques Bouya, ministre d’Etat, ministre de l’Aménagement du territoire et des Grands Travaux, a d’emblée rappelé la portée symbolique du CFCO, inauguré le 10 juillet 1934. << Le sifflet qui déclenche une locomotive déchirant le silence de la savane du Pool, des bosquets de la Bouenza et de la forêt du Mayombe, n’a jamais été un bruit anodin. C’est le battement du cœur de notre Nation>>., a-t-il souligné.

Revenant sur l’histoire douloureuse de cette voie ferrée, longue de 512 kilomètres, il a évoqué << un mort par traverse >>, soulignant que << ce chiffre, au-delà de la statistique, représente des vies, des familles, des espoirs sacrifiés >>. Mais de ce sacrifice est né, selon lui, << un exploit technique arraché à une nature hostile >>, devenu << le cordon ombilical qui unit le fleuve à la mer >>.
Après des décennies d’exploitation marquées par la vétusté et des interventions ponctuelles, le CFCO a progressivement perdu en compétitivité face aux autres modes de transport. << Ces efforts éminemment louables n’ont pu restituer au Chemin de fer Congo-Océan sa complète vitalité >>, a reconnu le ministre d’Etat. D’où la nécessité d’un programme global de modernisation.
Le projet, confié au consortium chinois Hunan Construction Investment Group (HCIG), prévoit le remplacement systématique des rails, des traverses en bois par des traverses en béton, l’engraissement du ballast, ainsi que la reconstruction complète des ouvrages d’art et du tunnel long. Les gares principales : Pointe-Noire, Dolisie, Nkayi, Madingou, Bouansa, Loutété, Mindouli et Brazzaville, seront modernisées selon les standards internationaux, tout en conservant leur architecture d’origine.

A ces travaux d’infrastructure s’ajoutent l’acquisition de dix locomotives neuves, de quatre trains voyageurs modernes et de cent wagons, ainsi que la mise à niveau des systèmes de signalisation et de télécommunications par fibre optique. Le chantier, d’un montant de 595 millions de dollars américains, s’étalera sur quatre ans.
Pour le ministre d’Etat, cette modernisation dépasse la dimension technique. Elle s’inscrit dans une vision politique articulée autour de trois axes : <<la souveraineté et l’intégration >>, << la modernisation et l’innovation >>et << l’unité nationale >>. Citant un éditorial signé en 1984 par Denis SASSOU-N’GUESSO, à l’occasion du cinquantenaire du CFCO, il a rappelé l’hommage rendu << aux milliers de travailleurs qui, de gré ou de force, ont donné leur vie pour doter le Congo de cette liaison vitale >>.
Le préfet du département de Brazzaville, Gilbert Mouanda Mouanda, a exprimé l’adhésion des populations. << C’est avec une joie incommensurable que je remercie Son Excellence Monsieur le Président de la République pour avoir réservé au département de Brazzaville sa dernière grande activité officielle de ce mandat >>, a-t-il déclaré. Selon lui, les départements du Pool, de la Bouenza, du Niari, du Kouilou et de Pointe-Noire << exultent >> à l’idée de voir renaître << la véritable épine dorsale de leurs économies >>.
Le préfet a souligné que beaucoup redoutaient << la fin de vie de ce monument économique datant de la colonisation >>, tant les années d’abandon avaient nourri le désespoir. Le lancement des travaux vient donc raviver l’espoir d’un renouveau logistique et territorial.
Du côté du partenaire chinois, l’engagement s’est voulu ferme. Le président-directeur général de HCIG, Cai Doanwei, a salué <<un jour important >> et << mémorable >>, marquant << la première pierre d’un projet qui entre dans l’histoire >>. Rendant hommage au Chef de l’Etat, il a affirmé : << Votre présence à cette cérémonie symbolise votre engagement personnel pour le développement du pays et honore profondément notre groupe >>.
Présent dans plus de soixante pays, le groupe revendique dix-huit années de coopération avec le Congo dans les domaines routier, industriel et énergétique. << Le Congo occupe une place à part dans notre cœur et dans notre stratégie >>, a assuré Cai Doanwei. Pour lui, la réhabilitation du CFCO << ne se résume pas à un projet d’infrastructure ; c’est un projet de renaissance >> appelé à << réaffirmer la place du Congo comme carrefour logistique en Afrique centrale >>.
Guo Ning, directrice générale du bureau des Affaires étrangères de la province du Hunan, a inscrit le chantier dans le cadre du partenariat stratégique global entre la Chine et le Congo. Elle a rappelé que le CFCO, << inauguré en 1934, incarne désormais les aspirations profondes du peuple congolais au progrès >>. Selon elle, une fois rénové, il deviendra <<un puissant levier de croissance pour le pays, une véritable artère de prospérité pour ses populations >>.
La responsable chinoise a également souligné que le Hunan, pôle industriel majeur, mettra à profit << son expertise en matière de conception, de réalisation et d’ingénierie ferroviaire >>, en mobilisant << les équipes techniques les plus aguerries >> afin de garantir <<une réalisation selon les normes les plus exigeantes >>.
Au-delà des discours, la cérémonie de Brazzaville a cristallisé une ambition nationale : repositionner le Congo comme plateforme de transit et de connectivité régionale. Dans un contexte marqué par la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), le CFCO rénové est appelé à consolider le transport multimodal entre le Port autonome de Pointe-Noire et l’hinterland, au service des projets agricoles, miniers et industriels.
<<Le Chemin de fer Congo-Océan, tendon d’Achille de l’économie congolaise et levier de développement sous-régional, permettra de consolider le système de transport multimodal >>, a insisté le ministre d’Etat Jean-Jacques Bouya, évoquant en corollaire <<la création d’emplois des jeunes et l’amélioration des conditions de vie des populations >>.
En donnant le coup d’envoi de ces travaux, le Président Denis SASSOU-N’GUESSO a ainsi posé un acte à forte charge historique et stratégique. La renaissance annoncée du CFCO, longtemps perçu comme un géant fatigué, pourrait, si les délais et les standards sont respectés, redonner au rail congolais sa place centrale dans l’architecture du développement national et régional.
Joyce KIDILOU-KIA-MOUZITA





