Depuis l’avènement de l’Internet, une nouvelle forme de commerce a vu le jour: la vente en ligne. En milieu urbain, elle s’impose comme une pratique courante. Si généreux qu’ils paraissent, ces commerçants en ligne proposent autant d’avantages à leurs clients : une livraison à domicile gratuite des produits dont ils passent la commande, avec, à la clé, un paiement à la réception. Il suffit de passer une commande que quelques minutes seulement après, un livreur se pointe devant la porte de votre maison, avec à la main, la marchandise commandée. Ils proposent tout une gamme de produits. Cependant une catégorie de ces marchandises intrigue plus d’un observateur averti, ce sont les produits médicaux ! . . . .En effet, tout Congolais sait que la seule boutique connue pour la vente des produits médicaux fiables, c’est la pharmacie. Et dans les différents centres urbains, au Congo, les pharmacies sont tellement bien organisées que leurs cellules de communication diffusent les programmes de celles d’entre elles qui assurent la permanence, les jours fériés ou non ouvrables, tels que les dimanches. Mais paradoxal est que les produits médicaux vendus en ligne, pour la majorité d’entre eux, sur les réseaux sociaux, demeurent introuvables en pharmacie. Leurs promoteurs avancent qu’ils seraient encore beaucoup plus chers, s’ils étaient vendus en pharmacie, parce que, semble-t-il, ils sont trop efficaces. Les pharmaciens les vendraient tellement trop chers, vu leur efficacité, qu’ aucun patient ne pourrait les acheter. Or, en ligne, c’est à un prix réduit de 30 à 45%. C’est, néanmoins, les arguments utilisés par ceux qui en ont la charge de la promotion sur les réseaux sociaux. Un avis non partagé par les patients qui en voient plutôt une escroquerie éhontée. Pis encore, la plupart de ces produits médicaux manquent de notices qui orientent les patients sur la prise et les effets secondaires de ces produits. Ces informations sont plutôt mentionnées, de façon négligeable, sur la boîte contenant le produit et non dans une notice, comme on le voit dans les boîtes de ceux vendus en pharmacie. D’aucuns s’interrogent sur la fiabilité des laboratoires où ils sont fabriqués ainsi que sur celle des experts qui les certifient. Quant à leur bonne conservation, là où ils sont stockés, ça c’est une préoccupation de plus, voire sur la qualité même de ces produits mis à la disposition des Congolais. Ceux qui en font la promotion vantent leur efficacité et l’absence d’effets secondaires, car, disent-ils, ils sont fabriqués à base des ingrédients naturels, sans aucune réaction chimique dans l’organisme. Ceux qui en prennent ne cachent pas cependant leur déception. C’est le cas de cette dame qui se nomme Hélène , souffrant de la cataracte : << L’efficacité de ces produits que vantent ceux qui les vendent, ainsi que ceux qui en font la promotion sur les réseaux sociaux, n’en est en réalité pas le cas. Je me suis laissée croire que << Repair>> est un produit <<efficace>> contre la cataracte et le glaucome , et qu’il pouvait me restaurer la vue, sans que je n’aie recours à une intervention chirurgicale. Alors, j’y ai passé la commande, mais jusqu’au tout dernier petit flacon du produit, je n’ ai pas pu recouvrer ma santé et lorsque je les appelle pour en avoir des explications, ils me demandent d’en commander une nouvelle boîte. Pourtant, dans leur publicité, ils vantaient qu’une seule boîte suffit pour que l’œil se rétablisse. Or une boîte coûte 22.000 francs CFA. Lorsque j’ouvre la boîte, il n’y a pas de notice. C’est le livreur qui m’indique verbalement qu’on introduit quelques deux gouttes dans chacun des deux yeux, une seule fois, le soir, uniquement au moment de se coucher. Il y avait à l’intérieur, au moins 12 petits flacons dont un seul peut être utilisé trois à quatre fois, donc trois à quatre jours. Le traitement a duré un peu plus d’un mois et demi, mais, sans satisfaction. Alors, j’ai compris que la campagne sur les réseaux sociaux n’était que du mensonge>>, a-t-elle confié, avant d’exprimer ses regrets de s’être prise au piège de ceux qu’elle qualifie d’escrocs. La caractéristique commune de tous ces produits, c’est la cherté. Aucun d’entre eux n’est vendu à un prix inférieur à 20.000 FCFA ! Sinon que supérieur ou égal à cette somme, alors que l’efficacité vantée à cor et cri sur les réseaux sociaux n’est que du bluff ! Parmi ces produits, figurent, outre <<Repair>>, contre la cataracte et le glaucome (22.000 FCFA), <<Bio vital>> contre la prostate (19.500 FCFA), <<Prostaherb>> contre la prostate (30.000 fcfa), pour ne citer que ceux-là, car la liste est trop longue. <<Et tout se passe comme si nous n’avons ni ministère de commerce qui régule les prix des produits sur le marché et contrôle tout ce qui se vend, ni ministère de la santé qui doit veiller sur la qualité des produits médicaux mis à la disposition de la population, ni ministère de l’intérieur pour veiller sur tout ce qui rentre dans le pays ; bref, la population est abandonnée à elle-même, seule face aux commerçants véreux et sans scrupules ! Donc dans ce pays, l’État n’existe plus, quiconque vient, prend son téléphone, met en ligne les produits dont la certification reste douteuse , fixe ses prix, si exorbitants soient-ils, et se met à vendre. Dans quel pays nous trouvons-nous ? >>, s’insurge Miriam, dont le mari a failli succomber d’une crise prostatique, n’eût été la promptitude de l’un de ses amis, médecin à Kinshasa, appelé en urgence. <<On a essayé tous ces produits sur lesquels ils font du bruit sur les réseaux sociaux, sans succès>>, a poursuivi Miriam. L’on s’interroge si ces commerçants sont des expatriés ou des natifs Congolais pour orchestrer une telle spéculation des prix sur les produits des maladies aussi sensibles comme la prostate ou le glaucome, qui affectent beaucoup de leurs compatriotes ! L’action conjuguée des pouvoirs publics serait, peut-être, la seule issue pour la population.
Aurélien LIMBION




