La Nouvelle République : Vous exercez aujourd’hui d’importantes responsabilités au sein de l’Éducation nationale française. Pourquoi avoir décidé de vous investir aussi fortement dans le développement du Congo ?
Thierry Gatsono : Je suis profondément attaché à mon pays d’origine. Mon parcours professionnel en France m’a permis d’acquérir une solide expérience dans le pilotage des établissements scolaires, le management public et les politiques éducatives. J’ai toujours pensé que cette expérience pouvait servir au Congo. Il ne s’agit pas de copier un modèle étranger, mais de mettre une expertise au service d’une réflexion nationale
sur le développement.
La Nouvelle République : Vous affirmez que les compétences sont aujourd’hui plus importantes que les ressources naturelles. Pourquoi ?
Thierry Gatsono : Les ressources naturelles, à elles seules, ne créent pas le développement. Elles doivent être transformées, valorisées et exploitées par des
femmes et des hommes qualifiés. Une économie ne peut se développer durablement sans ingénieurs, techniciens, enseignants, entrepreneurs, chercheurs ou cadres compétents. C’est là que réside aujourd’hui la véritable richesse d’un pays : dans son capital humain.
La Nouvelle République : Cette conviction est-elle née de votre expérience professionnelle ?
Thierry Gatsono : Oui, en grande partie. Plus de vingt années passées dans l’enseignement et le management éducatif m’ont permis d’observer combien l’investissement dans les compétences transforme durablement les organisations et les territoires. Un moment a toutefois marqué un tournant : en 2014, lorsque le ministère congolais de l’Enseignement technique m’a confié une mission de renforcement des compétences de plus de 130 enseignants des filières industrielles. Cette expérience a confirmé ma conviction qu’aucune politique d’industrialisation ne peut réussir sans une politique ambitieuse de formation.
La Nouvelle République : Vous êtes aujourd’hui l’auteur du Livre blanc Congo Compétences 2035. Quelle est son ambition ?
Thierry Gatsono : L’ambition est de proposer une stratégie nationale de développement du capital humain. Cette vision est aujourd’hui partagée par de
nombreux acteurs, et plus particulièrement par une personnalité qui m’a encouragé à structurer cette réflexion et à élaborer ce Livre blanc. Le constat est simple : aujourd’hui, les politiques d’éducation, de formation, d’emploi, d’industrie, d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation sont souvent conduites de manière sectorielle. Mon approche consiste à les articuler autour d’une vision commune afin de préparer les compétences dont le Congo aura besoin d’ici 2035 pour accompagner son industrialisation, diversifier son économie, renforcer sa compétitivité et créer davantage d’emplois pour sa jeunesse.
La Nouvelle République : Vous avez également élaboré un second document, PACTE. Quelle est sa spécificité ?
Thierry Gatsono : Les deux projets sont complémentaires. Congo Compétences 2035 fixe une vision globale pour le pays. PACTE constitue une proposition de réforme de l’enseignement technique et professionnel. Il prévoit notamment la modernisation des établissements, le développement de l’alternance, la formation continue des enseignants, la création de campus d’excellence, le renforcement des partenariats avec les entreprises et une meilleure adéquation entre les formations et les besoins du marché du travail.
La Nouvelle République : Vous vous êtes inspiré de plusieurs expériences internationales. Pourquoi ?
Thierry Gatsono : Parce que plusieurs pays ont montré que le développement des compétences pouvait devenir un puissant moteur de croissance. Le Rwanda, le Maroc, le Sénégal ou encore Singapour ont chacun construit leur propre stratégie. Mon objectif n’est pas de reproduire ces modèles, mais d’en tirer les enseignements pour bâtir une politique adaptée aux réalités économiques, sociales et culturelles du Congo.
La Nouvelle République : Selon vous, quel est aujourd’hui le principal défi pour le Congo ?
Thierry Gatsono : Le principal défi est de se doter d’une véritable vision de long terme. Le développement des compétences n’est pas uniquement une question d’éducation, il est systémique : c’est un enjeu national qui concerne l’enseignement supérieur, l’emploi, l’industrie, le numérique, l’agriculture, les infrastructures, les grands travaux, la fonction publique et la coopération internationale. C’est une politique transversale qui doit être pensée et pilotée au plus haut niveau de l’État.
La Nouvelle République : Quel rôle la diaspora peut-elle jouer dans cette dynamique ?
Thierry Gatsono : La diaspora représente une formidable réserve de compétences. Elle peut contribuer à la formation, au transfert de savoir-faire, au mentorat, à l’innovation et au développement de partenariats internationaux. Encore faut-il créer un cadre qui permette de mobiliser durablement cette expertise au service du développement national.
La Nouvelle République : Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse congolaise ?
Thierry Gatsono : Je voudrais lui dire que l’avenir appartient à celles et ceux qui investissent dans leurs compétences. Le monde évolue vite, les métiers changent et de nouvelles opportunités apparaissent chaque jour. La plus grande richesse qu’un jeune puisse acquérir est sa capacité à apprendre, à s’adapter et à innover. C’est cette jeunesse qui construira le Congo de demain.
La Nouvelle République : En une phrase, quelle est votre ambition pour le Congo ?
Thierry Gatsono : Faire du développement des compétences une grande cause nationale afin que le capital humain devienne le principal moteur de la croissance, de l’emploi, de l’innovation et de la souveraineté économique de la République du Congo.





