Entre critique des institutions, plaidoyer pour une meilleure structuration et engagement en faveur de la jeunesse, Abdallal Denis Nguesso plus connu sous le nom de Denidé livre une vision sans détour d’un secteur en quête de renouveau. Nous l’avons rencontré dans ses locaux, à l’immeuble ICDE, où il s’est exprimé avec franchise et sans détour.
Quel regard portez-vous sur l’état actuel du secteur culturel ?
Dénidé : La culture congolaise est aujourd’hui à un moment décisif. Il y a du talent, une vraie richesse créative, mais aussi un manque de structuration. Sans réformes profondes, notamment dans l’organisation des événements et la gestion des droits, il sera difficile de construire un écosystème durable.
Certaines institutions sont régulièrement pointées du doigt. Pourquoi ?
Dénidé :Parce qu’elles doivent évoluer. Prenons le Festival panafricain de musique (Fespam) : on ne peut plus se contenter de nominations symboliques. Il faut des profils compétents, porteurs d’une vision stratégique. La culture ne peut pas être guidée uniquement par la visibilité ou des intérêts financiers.
Et du côté des droits d’auteur ?
Dénidé :Le problème est tout aussi préoccupant. L’Office congolais des droits d’auteur (OCDA) doit renforcer ses mécanismes. Un artiste doit être rémunéré lorsque son œuvre est diffusée, que ce soit dans les bars ou les espaces publics. Aujourd’hui, ce droit reste trop souvent théorique.
Les artistes sont-ils suffisamment préparés aux réalités du secteur ?
Dénidé :Pas toujours. Beaucoup pensent qu’une percée à l’international suffit, notamment en France. Mais une carrière se construit avec du temps, de la méthode et de la discipline.
Quelles sont les principales lacunes observées ?
Dénidé :Le manque de connaissance des droits, notamment des droits voisins. Pourtant, ils sont essentiels, surtout dans des domaines comme la publicité. Mais au-delà de ça, il faut rappeler que l’art est un métier exigeant. Il demande du travail, de la rigueur, une vraie démarche artistique.
Les formations peuvent-elles changer la donne ?
Dénidé :Elles sont nécessaires, mais insuffisantes si l’état d’esprit ne suit pas. On ne s’improvise pas artiste. Derrière chaque réussite, il y a une structuration solide, souvent portée par des professionnels et des maisons de production.
Vous organisez un événement le 9 mai 2026. Quelle est son ambition ?
Dénidé :Accompagner les jeunes, surtout les femmes, à mieux comprendre l’entrepreneuriat. Beaucoup manquent de repères. Nous voulons créer un espace d’échange, de transmission et d’apprentissage.
Concrètement, que proposera cet événement ?
Dénidé :Plusieurs univers seront réunis : coiffure, maquillage, esthétique, bien-être… Mais aussi des coachs, des professionnels de santé et des discussions sur la santé mentale. Nous aborderons également des sujets comme le cancer du sein et celui du col de l’utérus.
Votre initiative se veut inclusive. En quoi est-elle différente ?
Dénidé :Nous refusons les critères restrictifs. Pas de standard imposé en termes d’âge, de morphologie ou de profil. L’idée est de donner une chance à toutes les femmes, avec un processus de sélection transparent et équitable.
Au-delà de l’événement, vous portez le projet ICDE. De quoi s’agit-il ?
Dénidé :ICDE est un écosystème en construction, avec une ambition de développement dans plusieurs secteurs, notamment les médias. Nous travaillons sur des projets de télévision et de radio. La pandémie a ralenti notre élan, mais les bases sont solides.
Votre parcours personnel semble au cœur de votre engagement.
Dénidé :Oui. J’ai commencé à entreprendre à 19 ans, sans accompagnement. J’ai appris sur le terrain, avec détermination. Aujourd’hui, je veux partager cette expérience, montrer les réalités et encourager les jeunes à persévérer.
Les femmes occupent une place centrale dans votre projet. Pourquoi ?
Dénidé :Parce qu’elles sont incontournables. Elles occupent des postes stratégiques dans mon organisation. Leur engagement, leur rigueur et leur vision sont des atouts majeurs.
Quel rôle doivent jouer les acteurs privés face aux défis de la jeunesse ?
Dénidé :Un rôle essentiel. L’État impulse une dynamique, mais le secteur privé doit s’engager davantage. Il faut accompagner les jeunes, les orienter et leur offrir de vraies opportunités.
Un dernier mot ?
Dénidé :Le développement du Congo passera par un engagement collectif. Culture, entrepreneuriat, inclusion : ce sont des leviers puissants. À nous de les activer intelligemment.
Propos recueillis par Annette Kouamba Matondo





