LUTTE CONTRE LES CANCERS FÉMININS/ Octobre rose et Septembre turquoise : le Congo lance 90 jours de mobilisation pour sauver des vies

Le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, a procédé, mardi 13 octobre 2026, à Brazzaville, au lancement officiel de la campagne Octobre rose, consacrée à la lutte contre le cancer du sein, couplée à Septembre turquoise, dédiée aux cancers gynécologiques. Cette double campagne s’inscrit dans une mobilisation nationale de 90 jours contre le cancer. Point culminant de la cérémonie : l’annonce de l’octroi de 20 hectares de terrain à l’Association Pour Elles, sur instruction du président Denis Sassou Nguesso, pour la construction d’une maison spécialisée dans la lutte contre cette maladie. La cérémonie de lancement a réuni plusieurs membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique, des professionnels de santé, des associations et des partenaires engagés dans la lutte contre le cancer.
Dans son intervention, le ministre de la Santé et de la Population, le professeur Jean-Rosaire Ibarra, a révélé des statistiques préoccupantes. Le cancer constitue désormais la troisième cause de mortalité chez l’adulte au Congo. En 2020, le pays avait enregistré 2 466 nouveaux cas, pour 1 595 décès. En 2024, ces chiffres sont passés à 3 575 nouveaux cas et 2 264 décès. Chez les enfants, 155 cas ont été recensés, dont 70 n’ont pas bénéficié de traitement.


Le Premier ministre a également souligné la gravité des cancers féminins, évoquant des proportions estimées à 30 % pour le cancer du sein et 26 % pour celui du col de l’utérus. Face à cette situation, le gouvernement entend renforcer la prévention, le dépistage et l’accès aux soins.
Quatre cent mille personnes à sensibiliser en 90 jours
Inscrite dans une campagne nationale engagée le 1er octobre 2026, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette mobilisation se poursuivra jusqu’à la fin de l’année.
Elle vise à sensibiliser au moins 400 000 personnes dans les quinze départements du pays, à dépister gratuitement 20 000 personnes et à renforcer les capacités de 500 professionnels de santé et agents communautaires.
Les activités prévues comprennent des campagnes de sensibilisation communautaire, des consultations et dépistages gratuits, des actions d’information, des formations sanitaires et la promotion de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) chez les jeunes filles de 9 à 13 ans.
La ministre de la Promotion de la femme, Inès Nefer Bertille Ingani Voumbo Yalo, a insisté sur la nécessité d’assurer une véritable continuité entre sensibilisation, diagnostic et traitement, particulièrement pour les femmes économiquement vulnérables.
Vingt hectares pour une maison dédiée à la lutte contre le cancer
L’annonce majeure de la cérémonie est venue du Premier ministre, Anatole Collinet Makosso. Répondant au plaidoyer de Kenneth Bourienne, présidente de l’Association Pour Elles, il a annoncé que le chef de l’État avait expressément « ordonné l’octroi d’un terrain de 20 hectares » destiné à la construction d’une maison spécialisée dans la prise en charge des patients atteints de cancer.
Cette infrastructure devrait contribuer au développement des soins oncologiques au Congo et à la réduction des évacuations sanitaires vers l’étranger. Kenneth Bourienne a notamment dénoncé « l’exil médical », qui impose aux malades des dépenses considérables et un éloignement familial. Elle a plaidé pour un centre d’excellence en oncologie, accessible également aux personnes démunies, en coopération avec les établissements hospitaliers existants.
Le Premier ministre a, par ailleurs, rappelé les efforts engagés pour développer la radiothérapie dans le pays.
La veille, lundi 12 octobre, une conférence de presse avait préparé cette mobilisation. La Professeure Judith Nsondé Malanda, responsable du Programme national de lutte contre le cancer, avait alerté sur le diagnostic tardif des malades, dont une proportion pouvant atteindre 80 % consulte à des stades avancés.
Le docteur Julien Ignace Matété Mounoi, gynécologue-obstétricien et président de la Fondation Matete, avait insisté sur les progrès thérapeutiques et les possibilités de préservation de la fertilité chez les patientes. De son côté, Kenneth Bourienne avait expliqué les motivations du rapprochement entre Octobre rose et Septembre turquoise, afin de renforcer la sensibilisation aux cancers féminins.
Faire du dépistage un réflexe national
Le député-maire de Brazzaville, Dieudonné Bantsimba, a appelé les collectivités locales, les familles et les organisations communautaires à s’impliquer dans cette mobilisation. Au-delà des campagnes d’information, les résultats attendus portent sur l’amélioration du dépistage précoce, la réduction des diagnostics tardifs et le renforcement de l’accès aux traitements. L’ambition affichée est de faire reculer la mortalité liée au cancer et de permettre à davantage de Congolais de bénéficier de soins adaptés, sans que leurs ressources financières constituent un obstacle.

Joyce KIDILOU-KIA-MOUZITA

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