Sur le concours d’entrée à la fonction publique qui serait synonyme d’un entretien d’embauche, les Congolais s’interrogent sur ses modalités. Pour nombreux, il s’agirait d’un frein pour empêcher d’intégrer les citoyens lambda à cause de la corruption surélevée pour l’admission à un concours. « Connaissant les manœuvres de corruption qui existent pour l’admission d’un concours dans notre pays, il faut tout simplement dire que la fonction publique est désormais réservée à certaines familles du Congo », s’est indigné le jeune Massakala, étudiant finaliste en secrétariat de direction dans une école de la place. Pour Mieté, un quadragénaire, cette disposition découlerait du discours de clôture de meeting du candidat-président, prononcé au boulevard Alfred Raoul. Dans ce discours, le premier citoyen congolais a ouvertement déclaré en lingala qu’« il n’avait plus assez de place à la fonction publique ». Une façon de dire que les places restantes revenaient à leurs progénitures. « Par cette décision, il faut donc orienter les jeunes vers les écoles de formations qualifiantes pour éviter de trainer comme nous, les parents. Et, l’Etat doit prendre le courage de justifier les départs à la retraite. Je pense qu’un départ à la retraite faudrait 4 nouvelles recrues. Le concours d’intégration à la fonction publique signifie la privatisation de ce département », s’insurge-t-il.
Les modalités de ce concours sont une autre paire de manche, compte tenu de la diversification des compétences admises à la fonction publique. C’est le sens de la réaction de Mme Henriette, la cinquantaine révolue et responsable de famille. « La fonction publique est un fourre-tout. On a des coursiers, des chauffeurs, des cadres moyens et supérieurs. Comment va alors se passer ce concours ? », s’interroge-t-elle, avant de poursuivre : « On sait que c’est un moyen de marchander l’intégration. L’Etat ne recrute plus. L’intégration est vendue à des prix faramineux par un lobby des gens ayant leurs parents en poste, bien ou hautement placés. On veut camoufler ce système par des concours où il faudrait soudoyer un cadre à près d’un million pour obtenir une place ».
De l’autre côté, les fonctionnaires boudent les reformes visant à rattraper les agents fantômes et absentéistes qui continuent d’escroquer l’Etat. L’interruption des cartes monétiques et le paiement à la main en échange d’une note de présence au poste paraitra comme un congé accordé aux agents qui iront faire la queue à la banque. Cette exigence risquerait de diminuer le chiffre d’affaire des banques et augmenter la marge de manœuvre des agents en développant un réseau de vente de document par les cadres administratifs des institutions de l’Etat. « Je me rappelle de la période où on partait toucher à la banque. On y passait des heures voire des jours occasionnant ainsi des absences forcées au lieu de travail. Les agents vont vider l’administration pour aller attendre les salaires, fatigués, personne ne reviendra travailler le même jour. C’est mal réfléchi », a déclaré un agent proche de la retraite, qui a requis l’anonymat.
De son côté, Claude Miak pense que ce travail serait dévolu aux délégués de la fonction publique. « Ces derniers devraient effectuer des contrôles régulièrement en symbiose avec la hiérarchie, les responsables des ressources humaines puis soumettre des états à la direction générale de la fonction publique. Celle-ci appréciera le comportement des agents et convoquerait les absents pour des sanctions disciplinaires prévues par les textes en vigueur ». Fait de cette façon, l’Etat aura plus à gagner que d’exiger les notes de présence au poste comme justificatif de sa présence au lieu de service.
Dans un pays enfreint d’antivaleurs, plusieurs directeurs centraux délivreront cette pièce aux agents qui vont s’absenter. Déjà, bon nombre d’agents sont couverts par leurs chefs hiérarchiques en échange de quelques pourcentages. Ce qui fait que certaines administrations aient plusieurs agents sur papiers mais moins d’agents physique sur le lieu de travail. Et, lors des contrôles des agents civils de l’Etat, ces derniers se présentent en état. « Il y a plusieurs agents qui viennent très rarement au lieu de travail. Les rares fois qu’ils se présentent, c’est sur rendez-vous avec le chef et ils discutent longtemps. Parfois, ils viennent avec des présents pour le chef. Le travail et réunions, ils ne savent pas quoi en faire. Et, on se rencontre dans les rues de Brazzaville », a expliqué un agent ayant occupé la fonction de secrétaire particulier d’un directeur général dans une administration publique. « C’est donc une stratégie peu viable et plus périlleuse pour l’Etat », a-t-il poursuivi.
Il serait judicieux pour le ministre en charge de la fonction publique de laisser ses délégués faire des séances de travails surprises avec des responsables des ressources humaines dans les administrations. Les délégués pourraient instituer des registres de présences portant indications sur l’heure d’arrivée ; de départ ; motif de départ et de retards pour les agents qui arrivaient en retard ou/et qui partiraient tôt puis la signature. A défaut, installer les empreintes digitales afin de contrôler en permanence des agents. Ces éléments permettront de faire le monitoring des agents puis appréciations sera faite par le comité de gestion des agents qui serait mis en place pour les besoins de la cause.
Ghodelgi NANITELAMIO




